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Journaliste si possible

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Diaporama sonore : fruits ou scorpions ?

3 juin 2010 - 14:58 ·

En plein cœur de Pékin, une petite ruelle propose aux nombreux passants des mets venus des quatre coins du pays. On y trouve des boulettes de viande, des morceaux de poulpe, des yaourts tibétains ou des brochettes de scorpions encore frétillants. Voici trois minutes de déambulation dans la Snack street du quartier de Wang Fu Jing.
Ce petit diaporama sonore sans prétention a été réalisé en avril dernier. A voir en plus grand ici.

Photos : Agnès Millet
Son et montage : Morgane Tual

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L’auto-critique, oui, mais seulement dans le discours

16 février 2010 - 21:13 ·

Il est impressionnant de voir comment, dans le documentaire d’Arte « Huit journalistes en colère », les « pointures » des médias sont capables de se remettre en question. Avec des discours parfois assez justes.

Cela m’a toujours surprise. Dans la plupart des rédactions dont j’ai croisé la route, même dans les plus suivistes et critiquables, les journalistes ont souvent fait preuve d’une grande capacité de remise en question. Là où je pensais que la plupart d’entre eux consacraient l’essentiel de leur temps de cerveau à reproduire bêtement l’AFP, je me suis rendue compte qu’il existait malgré tout une lueur d’intelligence, une petite place dans les méninges consacrée à l’auto-critique.

Le plus surprenant, c’est que malgré cette réflexion, la plupart d’entre eux (d’entre nous, devrais-je dire) passent toujours l’essentiel de leur temps à bâtonner des dépêches ou à ordonner aux autres de le faire. Même si certains ne l’assument pas et dissimulent cette triste vérité à eux-mêmes sous couvert de beaux discours. En clair, les journalistes sont conscients de faire de la merde, mais ils continuent gaiement tout en se disant « ce qu’il faut, c’est arrêter de faire de la merde ».

C’est du vécu

Un exemple m’a particulièrement frappée. En faisant le tour des dépêches (évidemment), je tombe sur cette information. Un virus tout aussi dangereux qu’Ebola a été découvert en Afrique du Sud. Point de rouge clignotant sur la dépêche, pas même un léger jaune, pas de redit, juste une dépêche perdue au milieu de mille autres. J’en informe mon rédacteur en chef qui, intrigué, vérifie aussitôt sur son propre fil AFP (une information donnée par un journaliste n’est validée par ses semblables que si elle a été donnée par un membre de la sacro-sainte Trinité AFP-AP-Reuters, mais c’est un autre débat).

L’information le souffle, « c’est dingue », s’exclame-t-il. Il montre ça à un collègue, et ils s’esclaffent, tous les deux « Ce qui est hallucinant c’est qu’un truc comme ça, tout le monde s’en fout alors qu’on en fait des caisses sur la grippe A ! » Bien, même dans un des médias les plus conformistes du secteur, on est conscient de l’absurdité de certains choix éditoriaux.

Sauf que. Une fois avoir bien ri, chacun est retourné à son poste. Et aucun sujet n’a jamais vu le jour.

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biche

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Les fabuleux projets de Mr Burton

4 février 2010 - 21:36 ·

On va entendre parler de Tim Burton cette année. Le 24 mars sortira son Alice au pays des merveilles, qui inquiète autant qu’il excite. Il n’y avait que lui pour pouvoir adapter à l’écran cette histoire, mais la bande-annonce a déjà outragé quelques adeptes de Lewis Carroll. Du 12 au 23 mai, Tim Burton aura par ailleurs l’honneur de présider le jury du festival de Cannes, dont le site propose d’intéressants documents sur le cinéaste.

Et au milieu de ce capharnaüm, les annonces – et les rumeurs – sur les projets de Tim Burton fusent, toutes aussi alléchantes les unes que les autres.

> Maléfique

Dernière en date : Burton s’intéresserait au personnage de Maléfique, la sorcière de la Belle au Bois dormant. Une adaptation originale du conte de fées qui prendrait pour point de vue celui de Maléfique. On retrouve le goût de Tim Burton pour les outsiders – et plus récemment pour les « méchants par vraiment méchants » tels que Sweeney Todd ou Willy Wonka.

Invocation Maléfique 1

> Dark Shadows

Autre projet dans les tiroirs : l’adaptation de la série vampirique Dark Shadows, un vieux feuilleton américain des années 60. Avec Johnny Depp dans le rôle principal (ça fait toujours plaisir). Mais il semblerait que le projet soit en stand-by pour le moment, malgré la mode actuelle et lucrative des vampires.

> Believe it or not

Autre projet prometteur, mais qui semble quant à lui être carrément tombé à l’eau, Believe it or not. Le film devait raconter l’histoire de Robert Ripley, un journaliste américain qui parcourait le monde à la recherche de personnes aux facultés surprenantes. Jim Carrey était supposé assumer le rôle titre, mais il semblerait que ce soit lui qui ait fait capoter le projet. Certaines sources évoquent un cachet trop mirobolant pour la production, d’autres affirment que le scénario n’avait pas convaincu le comédien. Le projet n’est pas encore officiellement abandonné, mais il ne donne aucun signe de vie pour autant…

Ripley3

> Frankenweenie

Enfin, Tim Burton aurait prévu de réaliser le remake de Frankenweenie, l’un de ses premiers court-métrages. Du pur Tim Burton, une histoire d’enfant qui ressuscite un chien façon Frankenstein

> Adaptera, adaptera pas ?

A mon sens, il s’agit du projet le plus prometteur de Tim Burton, pour la simple et bonne raison que, pour une fois, il ne s’agit pas d’une adaptation. Je me demande pourquoi un réalisateur à l’imagination si fertile passe son temps à mettre en images les histoires des autres .

Et l’on voit bien que, finalement, le résultat est moins intense. Si Tim Burton ne s’est jamais raté (à l’exception de la Planète des singes, pitoyable) il faut bien admettre que des films tels que Charlie et la chocolaterie ou encore Big Fish ont nettement moins de saveur d’un Edward aux mains d’argent qui aura, durablement, marqué ses spectateurs.

Comme beaucoup de réalisateurs, les premières oeuvres, les plus brutes, sont souvent les meilleures. En atteste Vincent, ce sublime court-métrage du jeune Tim Burton, qui résume en quelques minutes l’essence même de son univers.

> Les fabuleux projets avortés de Mr Burton

Quoi qu’il en soit, si toutes ces belles promesses de films font rêver, mieux vaut ne pas trop y compter. Tim Burton est le roi des projets avortés. On se souvient du projet Superman, avec Nicolas Cage, qui après de nombreux cafouillages était définitivement tombé à l’eau, cédant sa place à une mémorable bouse. Il nous avait aussi fait baver d’envie avec l’adaptation de La chute de la maison Usher, une nouvelle d’Edgar Poe, inspiration éternelle, comme vous avez pu le constater dans le joli Vincent.

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L’iPad, l’ordi des vieux ?

30 janvier 2010 - 13:18 ·

On critique beaucoup l’iPad. Pas d’USB, pas de caméra, pas de muli-tâche, pas de Flash, contenu contrôlé par Apple…
Pour les geeks, c’est la déception. Mais peut-être que l’iPad n’est justement pas fait pour les geeks. Peut-être même que c’est tout le contraire : un outil idéal pour l’anti-geek. Et l’anti-geek ultime, c’est le vieux.
(Enfin, la plupart hein, faudrait pas trop généraliser)

Qui n’a jamais tenté d’apprendre à sa grand-mère à se servir d’un ordinateur ? Qui n’a jamais peiné, des heures durant, à enseigner l’utilisation de la souris, devenue pour l’occasion escargot tremblotant, dont le clic mal-assuré ratait généralement sa cible ?
Expliquer le principe d’une fenêtre, de son ouverture, de sa fermeture, apprendre le double-clic, expliquer pourquoi il est nécessaire sur une icône mais pas un lien, répondre à ce genre de question « Mais pourquoi il faut appuyer sur démarrer pour éteindre ? » ; bref, enseigner le B.A BA du B.A BA, tellement évident qu’il nous est impossible de l’expliquer.

Avec l’iPad, il semblerait qu’une grande partie de ces problèmes disparaisse. D’abord avec le tactile, bien plus instinctif. La page de démarrage, avec ses grosses icônes, ravira les vieux qui maugréent devant la minuscule typo de leur journal papier – de là à penser qu’ils adopteront l’iPad pour lire leur journal, il y a un pas que je ne me risquerais pas à franchir.

L’iPad leur permet d’accéder facilement à ce qui pourrait les intéresser : albums photo, livres, films, page web de la petite-fille, e-mails et la bourse en ligne (c’est du vécu) par exemple. Et avec une interface visiblement très instinctive et attractive, comme la fameuse bibiothèque. Le tout sans branchements compliqués ni CD d’installation.
Et pour trouver de nouvelles applications ou acheter musiques et films, pas besoin de se prendre la tête, puisque le choix est très limité : Apple contrôle tout et vous emmène donc facilement à ses boutiques.

C’est peut-être ça, le cadeau que vous cherchez tous les Noël pour Mamie et que vous n’arrivez jamais à dégoter.

@morganetual
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Dette d’Haïti : petit exemple de manipulation médiatique

16 janvier 2010 - 15:46 ·

> Ou Comment Christine Lagarde fait semblant d’annoncer une annulation de dette actée il y a six mois.

La France ne mettra pas la main à la poche pour aider Haïti. Une annonce qui ne fait pas très classe, par ces temps d’élan de générosité planétaire. Pour garder la face, le ministère de l’Economie, grand prince, a demandé au Club de Paris (un groupe de créanciers publics) l’annulation de la dette d’Haïti. Une déclaration qui fait mouche, alors que la dette des pays pauvres agite, depuis des années, de violents débats. Elle ne vous aura pas échappé.

Mais un détail nous a chagrinés, à la rédaction de Youphil, grâce à l’œil acéré de Solène Cordier. En nous promenant sur le site du fameux Club, nous avons pu constater l’annonce de l’annulation de « la totalité de la dette d’Haïti ». Seulement, elle est datée du 8 juillet 2009.
Quoi ?! Comment ?! Christine Lagarde nous annoncerait-elle, à grands renforts de tambours, une décision prise il y a plus de six mois pour dissimuler la radinerie de l’Etat?

Oui et non. Car Christine Lagarde et ses spin doctors sont bien plus intelligents que cela. Quand on lit la dépêche AFP (et on connaît le rigueur et le sérieux de l’agence), voici la citation de la ministre de l’Economie : « J’ai demandé au Club de Paris que nous finalisions l’annulation de la dette d’Haïti vis-à-vis du Club de Paris« .
En effet, le Club de Paris a bel et bien décidé en juillet de supprimer l’intégralité de la dette, mais progressivement. Sur 215 millions de dollars de dette initiale, il n’en reste plus « que » 54 millions, qui seront annulés eux aussi, Lagarde ou pas Lagarde.

Christine Lagarde a tout gagné

En clair, la ministre n’a dissimulé à aucun moment, elle est inattaquable. Elle vient de faire une annonce sans grand intérêt (elle demande au Club de Paris de faire quelque chose de déjà prévu) mais elle sait que les retombées médiatiques seront tout autres.
Car depuis hier, télévisions, radios, journaux et sites internet relaient cette information : « La France demande l’annulation de la dette d’Haïti ». Sans plus de nuance pour la majorité (exemple sur Europe1.fr ou sur le Nouvel Obs).

Et on sait comment la plupart d’entre nous consommons l’information : on écoute d’une oreille France Info le matin, la tête encore embrumée, on croise dans la journée quelques gros titres au pied des kiosques, un petit tour de Google news au travail puis le soir, on regarde d’un oeil le JT en parlant avec les gosses.

Résultat, à la fin de la journée, nous avons parfaitement intégré que Christine Lagarde a demandé l’annulation de la dette d’Haïti. Sans plus de détails et sans savoir que cette décision avait déjà été prise six mois plus tôt.

Christine Lagarde a tout gagné :
- Les Français approuvent la (pseudo) demande d’annulation de la dette
- L’Etat ne donne pas d’argent à Haïti et se trouve une excuse
- Les fouille-merde ne peuvent pas l’attaquer.

Belle performance.

@morganetual

pinguinpinguinpinguin

>>> Dans le même genre, il y a un an… <<<

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Récit d’un avortement à l’américaine

20 octobre 2009 - 16:15 ·

Après l’immense manif anti-avortement de ce week-end à Madrid, et sa réplique « pro »  à Paris, voici le témoignage d’une amie, exilée à Amherst, Massachusetts, depuis quelques mois. Elle a eu recours à l’avortement. A l’américaine. Extraits de son mail.

Vendredi matin, j’arrive au planning familial avec A., mon compagnon, dans la ville déjà morbide de Springfield, Massachusetts. En même temps, c’est plutôt une bonne chose que le planning familial régional soit à Springfield et pas à Amherst, parce que je pense qu’à choisir, les grandes bourgeoises blanches sur-friquées d’Amherst ont peut être moins besoin d’un planning familial à proximité que les prolos noires et latinas de Springfield (et oui, ça se passe comme ça chez l’oncle Sam).

Me voilà donc dans la glauque cité de Springfield. A l’entrée du parking, des manifestants « pro-vie ». Et oui ils/elles sont fort-e-s en communication ces connards-sses, c’est pas des « anti » avortement ou « anti » droit a disposer de son corps, donc « anti » vie des femmes, c’est des « pro » « vie ». Comprendre, bien sûr, pro conservation d’embryon minuscule pas du tout encore qualifiable d’humain, puisque c’est ça la « vie », apparemment.

Bref, ils sont motivés les mecs (et les nénettes, bien sûr, puisque c’est pas parce qu’on a une paire d’ovaires qu’on est dotée de jugeotte), il est 7:40 du matin et ils/elles sont aligné-e-s comme des crétin-e-s avec leurs panneaux. Sur les panneaux, des pseudo représentations d’échographies de fœtus – qui d’ailleurs sont sans doute des fœtus d’à peu près 8 mois de grossesse, donc absurde, ils/elles ont pas compris contre quoi ils/elles luttent, puisqu’à ce stade le fœtus est viable, et pas (légalement) avortable.

Détecteur de métaux

Bref, nous voila pénétrant (oh oui) dans le bâtiment. Il faut d’abord passer un sas avec un garde de sécurité qui porte matraque et flingue, siouplait, qui vous fouille, vous fait retirer porte-clés, ceinture et compagnie, et passer à travers un détecteur de métaux, avant de vous autoriser à entrer dans la salle d’attente. Je suppose qu’il faut trouver ça rassurant, mais A. et moi ne pouvions nous empêcher de nous demander s’ils/elles (au planning) ont investi dans ce dispositif suite à l’assassinat du gynéco du planning familial de Philadelphie il y a quelques temps, ou si cette surveillance absurde et plus effrayante qu’autre chose remonte à plus longtemps encore.

A partir de là, s’en suit une armada de papiers à remplir, de contrats à signer, et si tu y passes c’est pas leur faute, tu as bien réfléchi à la solution de l’adoption aussi, et blablabla. Vive les papiers, vive la bureaucratie, tout ça sous l’œil (bien?)veillant des caméras de surveillance de la salle d’attente. Après la paperasse, le personnel médical défile, ou plutôt me trimballe d’une pièce à l’autre, sans qu’A. puisse être là, l’infirmière lui ayant demande de patienter dans la salle d’attente, même si j’aurais préféré qu’il puisse être présent.

Mais d’un côté je comprends, j’imagine que cette règle est sensée empêcher le partenaire de faire pression sur la patiente et de s’assurer que c’est bien mon choix à moi. Première étape : la gynéco m’administre une échographie, et avant ça me demande si je souhaiterais le savoir si toutefois il s’agissait de jumeaux, et si je veux voir l’image. Non merci sans façon, je ne veux déjà pas d’un enfant, alors deux, qu’est-ce-que ça peut me faire s’il sont deux?

« Vous êtes vous déjà sentie menacée dans une relation amoureuse ? »

Deuxième étape, une infirmière prend ma tension, teste mon niveau de fer et mon groupe sanguin, me pèse, me demande ma taille que je ne connais qu’en centimètres et pas en pieds et pouces (ils/elles sont fou/olle/s ces ricain-e-s). Ensuite je parle à une assistante sociale, qui m’explique plus exactement ce qui va se passer, à quel moment prendre mes médocs, etc. Et qui me soumet à un questionnaire pour remplir son petit formulaire.

Les questions sont pertinentes, certes, et visent a dépister d’éventuels problèmes ma foi effectivement fort importants: « vous êtes vous déjà sentie menacée ou apeurée dans une relation amoureuse, présente ou passée ? » etc. Sauf que la nénette est tellement absorbée dans la tâche qui est la sienne, à savoir, remplir son ptit formulaire (oh oui des papiers, plus de papiers, encore oui, archivons!) qu’elle ne me regarde même pas à aucun moment où elle pose ces questions. Et si j’avais été une femme qui vivait dans la peur de son partenaire, elle s’en serait rendue compte en cochant sa petite case dans son petit formulaire et en n’essayant pas vraiment d’écouter la réponse ?

Peu importe, le formulaire a, visiblement, depuis longtemps pris le dessus sur la fonction qu’il doit remplir, à savoir dépister d’éventuelles violences conjugales. Il ne remplit plus sa fonction, mais plutôt la fonction de l’infirmière, l’humaine dans l’histoire, est de remplir le formulaire. Intéressant comme renversement… Est-ce vraiment un renversement ou le propre de toute approche bureaucratique de ces « cas » ?

La dernière étape consiste dans un entretien et la délivrance des pilules nécessaires à mon avortement par une autre infirmière plus haut placée : la matinée avance et j’ai remonté la hiérarchie médicale jusqu’au privilège d’être entendue par une « infirmière praticienne » (nurse practitionner, c’est entre le toubib et l’infirmière, ça n’existe pas en France)

« Et là, j’ai vraiment douillé »

S’en est suivi un trajet jusqu’à Amherst (re-une heure de route), pour se taper les paperasseries du service de santé de ma fac afin d’obtenir mes médicaments (antibiotiques, anti-douleurs…). Bref, retour a la maison d’A., et que les festivités commencent : la douleur va croissante. La première pilule stoppe la production de progestérone, mais c’est le second lot de pilules, le lendemain, qui fait super mal : elles ouvrent le cervix et démarrent les contractions.

Et là, j’ai vraiment douillé. 45 minutes à peine après la prise, je suis sur les toilettes a me vider de mon sang, je passe plusieurs caillots gros comme des citrons (les infirmières m’avaient prévenue que ça pouvait être assez trash, mais que d’une femme a l’autre ça dépendait). En même temps, je vomis tout ce que je peux dans la baignoire (qui est heureusement près des toilettes, pas besoin de trop me pencher sur mon ventre en feu pour faire du multitâches…)

Bref, cette partie très douloureuse ne dure que deux heures environ, heureusement. Après ça, les douleurs sont un peu moins fortes, et les saignements un peu moins abondants, j’arrête de vomir, retrouve même un peu l’appétit, même si je manque de tomber dans les pommes plusieurs fois et ne peux pas trop quitter le canapé ou A. m’a confortablement installée. Le lendemain je commençais à avoir vraiment moins mal, au point que j’ai pu manger à table, même si la position assise n’était pas des plus confortables. Aujourd’hui, je suis épuisée, j’ai encore mal, je saigne toujours, mais je suis ravie de m’être vidée. On se sent vide, mais libre.

« J’ai de la chance »

Je suis impressionnée aussi. Par le courage de toutes les femmes qui font/ont fait ce choix sans avoir autant de chance que moi. J’imagine bien que certains avortements sont plus douloureux que d’autres, et que toutes les femmes ne se retrouvent pas prostrées sur leur toilettes pendant deux heures, à éjecter des monceaux de sang tout en vomissant. J’imagine bien que pour beaucoup de femmes c’est moins douloureux.

Mais je sais aussi que pour beaucoup, beaucoup d’autres, la plupart sans doute, ça l’est bien plus. Physiologiquement et émotionnellement. Soit parce qu’elles ne peuvent pas avorter par médicaments, chez elles ou chez leur copain, avec un compagnon qui les aime et les soutienne, soit elles se sentent tiraillées de remords et soumises a des pressions morales, intériorisées ou provenant de l’extérieur, ou les deux, de leur famille, de leurq proches même, soit parce qu’elles n’ont pas ce droit là où elles vivent, soit encore parce qu’elles n’ont pas d’argent et doivent s’endetter ou autre pour exercer ce droit, soit parce qu’elles avortent dans des conditions d’hygiène atroces, soit parce qu’elles risquent d’être condamnées, marginalisées, jugées, voir condamnées à la mort… La liste est longue. J’ai de la chance.

NOTA BENE : en France, ce n’est pas terrible non plus…

Ce texte ne se veut pas seulement une (enième) dénonciation du système de sante américain. Il est évidemment révoltant de constater qu’aux États-Unis, contrairement a la France, dans le meilleur des cas l’avortement coute 200 dollars, dans le pire c’est 600 dollars, et/ou il faut aller raconter son histoire et remplir d’autres papiers encore auprès d’assos, prouver par a + b que tu n’as pas les sous, pour être finalement soutenue financièrement par la dite asso. Cet état de fait est indéniablement écœurant. Et il s’agit ici du Massachusetts, à la pointe en matière d’accès aux soins en général, et assez à gauche pour limiter les dégâts en matière de stigmates anti-avortement, par rapport aux États du sud (Texas en particulier).
Cependant, je ne veux pas contribuer aux tendances françaises, voire européennes plus généralement, d’auto-gargarisation rassurantes faites de jugements hâtifs a propos des États-Unis, qu’il s’agisse du système de santé, du sexisme américain, ou autre. Il est souvent facile, pour certain-e-s français-e-s/Européen-e-s bien pensant-e-s, de regarder les États-Unis avec dégout pour se rassurer. Néanmoins, les anecdotes et expériences malheureuses en matière d’accès aux soins gynécos, et avortement, ne manquent pas en France : rappelons le, il y a quelques années en Sarkozye, un projet de loi a failli passer qui devait obliger les gynécos a montrer l’échographie aux patientes avant qu’elles n’avortent… Même chose pour ce qui est de l’exemple de la partie catholico-réac de l’Espagne qui défile en masse dans les rues ces jours-ci, pour dénoncer le projet de loi de libéralisation de l’avortement. En bref, l’Europe n’est absolument pas a l’abri de pratiques fascisantes anti-féministes.

> A ce propos, vous pouvez lire la chronique d’Arlette Zidberg sur Youphil

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Bienvenue… encore

20 octobre 2009 - 15:16 ·

Une nouvelle peau sur ce blog après des mois de silence… Et une nouvelle « ligne éditoriale », si j’ose dire. Avec l’avènement du micro-blogging, j’ai décidé d’écrire ici des posts plus longs et plus approfondis. Sans doute moins réguliers qu’avant.

Les infos du type des dernières postées ici (le séminaire sur Buffy, la paternité de Dexter et le retour de M) assez anecdotiques, trouveront désormais leur place sur mon fil Twitter. Les informations méritant plus de développement seront traitées ici, avec plus de soin qu’avant. Je souhaite privilégier encore davantage les posts sur l’analyse des médias, l’explication des fonctionnements – et dysfonctionnements – des rédactions. A la fois pour informer mes lecteurs, mais aussi pour me permettre de prendre du recul sur mon travail.

J’espère que mes lecteurs de toujours suivront, et que les nouveaux accrocheront !

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